Malgré des aménagements toujours plus nombreux, les malvoyants genevois sont parfois obligés de traverser la route “à l’aveugle”

Malgré des aménagements toujours plus nombreux, se déplacer en ville, notamment à Genève, reste parfois compliqué pour les malvoyants. Balade autour de la gare Cornavin.

Un détecteur pour que les aveugles n’aient plus besoin d’appuyer sur le bouton pour demander le vert avant de traverser: l’État de Genève communiquait début janvier sur ce dispositif, installé à un feu. Mais il est trop tôt pour en parler, estime Jean-Marc Meyrat, qui souffre de cécité. «Le système n’est pas au point. Et je préfère quand on me laisse faire», réagit celui qui travaille à l’Association pour le bien des aveugles et malvoyants (ABA). Il regrette notamment que le capteur se déclenche même si la personne ne veut pas traverser. Un couac qui révèle bien d’autres difficultés de la mobilité des malvoyants.

Par exemple, la place de Cornavin, très fréquentée, est qualifiée d’«horrible» par celui qui est également chargé de projet au Centre de compétences en accessibilité. «Il n’y a aucun repère, on est obligé de traverser à l’aveugle au milieu des taxis et des bus», s’insurge-t-il. Mais tout n’est pas négatif. Dans nos villes, de nombreux aménagements peu connus du grand public sont accessibles aux déficients visuels. «Quand j’étais jeune, je ne m’imaginais pas qu’il y aurait de tels progrès», explique Jean-Marc Meyrat. Les bornes jaunes fixées aux passages piétons constituent un système indispensable. Elles vibrent et émettent un son pour signaler que le feu est vert. Dans toutes les villes sauf à Genève! Où elles sont silencieuses pour éviter les nuisances.

Pas d’uniformité

«Le bruit sert aussi à repérer le poteau. Là, il faut tâtonner avec la canne», regrette le Valaisan d’origine. Les passages piétons et les quais de trams genevois sont indiqués par des boules que l’on sent sous le pied.

Une spécificité du bout du lac qui vient de France. «Les aménagements dépendent souvent des fournisseurs, indique le quinquagénaire. La Suisse alémanique travaille beaucoup avec l’Allemagne. L’idéal serait que les systèmes soient uniformisés pour ne pas avoir à les découvrir quand on arrive dans une ville.»

On trouve ainsi beaucoup plus de lignes blanches qui guident les aveugles dans les villes d’outre-Sarine. Les gares CFF en sont aussi équipées. À Cornavin, Jean-Marc Meyrat se déplace avec aisance grâce à elles. «Elles sont très pratiques. C’est une vraie zone de sécurité. Elles permettent d’avoir l’esprit plus libre, de ne pas avoir à tout retenir par cœur ou de devoir compter le nombre de pas», explique-t-il.

Les rambardes menant aux quais des gares sont munies d’une petite plaque portant une inscription en braille. Celle-ci indique aux aveugles le numéro de la voie et le secteur auquel mène l’escalier ou la rampe. L’information est aussi écrite en gros pour les malvoyants.

Une plus grande tranquillité d’esprit et une autonomie accrue sont également apportées par les développements technologiques. En cela, l’arrivée des smartphones a révolutionné la vie des personnes souffrant d’un handicap visuel. Les applications destinées au grand public, comme Google Maps, ou celles dédiées aux aveugles leur permettent de se déplacer plus facilement, en leur indiquant la direction à suivre et les intersections.

«La technique est une aide très intéressante mais elle n’exclut pas de savoir bien se déplacer avec une canne, estime Jean-Marc Meyrat. Et il y a un vrai gros risque que les pouvoirs publics délaissent les aménagements…»

Source: (Le Matin)

Lien vers le site de l’ABA – Association pour le bien des aveugles et malvoyants