Un atelier de gravure en braille unique

Malgré les normes en vigueur, trop de lieux publics restent difficiles d’accès aux aveugles. La faute au manque de signalétique en braille, qui leur permet de s’orienter sans devoir toujours compter sur l’aide de bonnes âmes passant par là. Les Établissements publics pour l’intégration (EPI) espèrent bien remédier à cela grâce au nouvel atelier de gravure en braille sur tous supports qu’ils ont inauguré le 7 novembre 2017 . Celui-ci permettra en plus d’aider à l’insertion professionnelle de personnes ayant un handicap visuel.

Cet atelier, situé dans les locaux des EPI, au cœur de la zone industrielle de la Pallanterie, à Meinier, offre des prestations rares, voire inexistantes, ailleurs en Suisse. «Depuis quelques années, plus personne ne faisait de signalétique braille dans le pays, relève Luc Dumont, chef du secteur arts graphiques aux EPI. Tout devait être sous-traité à l’étranger, ce qui posait parfois des problèmes de traduction.»

C’est l’Association pour le bien des aveugles et malvoyants (ABA) qui a attiré l’attention des EPI sur ce manque, leur indiquant qu’il y avait là une niche à occuper. Musées, hôpitaux, écoles, administrations, transports publics, lieux touristiques, etc.: le potentiel pour la signalétique en braille est vaste, comme l’a confirmé une étude de marché. L’ABA a été impliquée dans le projet depuis sa genèse, il y a plus d’un an, prodiguant ses conseils pour l’aménagement et l’équipement de l’atelier. Avec le soutien financier d’une fondation privée qui ne souhaite pas être nommée, deux machines flambant neuves ont donc été acquises par les EPI. L’une sertit de minuscules billes métalliques sur les supports rigides pour faire apparaître du texte en braille. L’autre machine fait de l’embossage sur papier ou sur carton. Grâce à celle-ci, les EPI, qui disposent aussi d’un atelier d’impression dans le même bâtiment, sont en mesure de produire des documents avec une partie imprimée et l’autre en braille, comme par exemple des cartes de visite, des flyers ou des menus de restaurant. «Nous sommes les seuls à pouvoir faire cela, c’est notre force», se félicite Luc Dumont.

Le directeur général des EPI, Alain Kolly, est très fier de ce nouvel outil, qui correspond parfaitement à la mission des EPI, laquelle est d’assurer l’intégration sociale de personnes en situation de handicap ou en rupture socioprofessionnelle: «Avec cet atelier, nous faisons d’une pierre deux coups. Non seulement, la production de signalétique en braille améliore l’accessibilité des lieux publics aux personnes aveugles, mais cela permet aussi d’offrir un travail à certaines d’entre elles.»

Des aveugles ou des malvoyants pourront intégrer l’atelier, notamment pour la relecture des textes en braille. «Nous manquions dans nos nombreux ateliers d’activités ciblant les besoins des personnes malvoyantes, confie Alain Kolly. Dans ce cas, ce qui est extrêmement positif, c’est que ce qui est perçu comme un handicap devient un atout, car peu de gens maîtrisent le braille.»

Le directeur de l’ABA, Louis Moeri, se réjouit que de nouvelles opportunités professionnelles soient offertes aux personnes en situation de handicap visuel. Il souligne par ailleurs la complémentarité de l’atelier des EPI avec l’imprimerie braille que possède son association: «Nous pouvons faire différentes choses, mais n’avons pas les moyens d’honorer nous-mêmes de grosses commandes», confie-t-il.

Une convention lie les deux institutions. L’ABA fournira du travail aux EPI, qui en échange, s’engagent à ne pas imprimer de livres en braille, ce qui est la spécialité de l’ABA.

-Lien vers Les Établissements publics pour l’intégration (EPI)
-Lien vers l’Association pour le bien des aveugles et malvoyants (ABA)

Source:TDG.ch